LE BIO, LA FLUTE ET LE TRUAND

monsanto

BIO, naturel, local, issu du commerce équitable, de l’agriculture raisonnée ou de l’agriculture durable, sans OGM, sans conservateur, sans gluten, sans huile de palme… Nombreuses sont les mentions et les étiquettes dont se voit affublée notre nourriture depuis quelques années.

Si vous passez sur ce blog au détour d’une recherche, il est probable que vous soyez à la recherche d’inspiration pour un autre mode de vie, plus sain, plus autonome, plus conscient. Dans ce cas vous avez déjà une idée de ce que signifient tous ces labels… mais attention à ne pas s’y perdre ! Les distinctions peuvent être ténues ou très techniques, et dans les discussions en société il faut veiller à parler de la même chose. Avez-vous déjà essayer de parler d’un sujet épineux comme l’alimentation saine à une personne réticente, avant de constater que vous bloquez sur les concepts, cette sensation frustrante de « ne pas parler de la même chose » ou « ne pas être sur la même longueur d’onde » ? Cet article vous servira à clarifier ces nuances.

Peut-être aussi vous êtes vous perdus au détour du web. Lisez quand même mon ami ! Toute connaissance est bonne à prendre.

Alors aujourd’hui nous allons parler de labels, c’est-à-dire de CONCEPTS écrits sur des ETIQUETTES. Qui dit étiquette dit qu’on va acheter un produit, conditionné dans un emballage, dans un magasin. La plus grande difficulté qui en découle, c’est que les entreprises qui faisaient de la bouffe industrielle ont vu les exigences des consommateurs se modifier et se sont adaptées en faisant du « bio ». Cependant comme l’a dit Einstein, « on ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l’ont engendré »… c’est ainsi que nous allons devoir parler de dénominations objectives (exemple : que veut dire le terme « agriculture biologique »?) ET de dénominations courantes (exemple : ça veut dire quoi une baguette de pain « BIO » par rapport à une « normale » ?) pour faire face à la récupération du « bio » par les entreprises. Sur ce, bienvenue et entrons dans le vif du sujet.

Le premier constat à faire devant cette abondance de labels est qu’ils sont un symptôme d’un ras-le-bol des consommateurs français face à la malbouffe de l’ère industrielle. Si l’on rentre dans les détails, on trouvera plusieurs reproches récurrents faits à celle-ci :

Elle est mauvaise pour notre santé – Elle contient des produits chimiques artificiels qui nous rendent malades, comme des pesticides / herbicides / fongicides, des perturbateurs endocriniens, des composés inorganiques (métaux lourds, plastiques, polymères) ; – Certains procédés de fabrication industriels, notamment la cuisson haute température, génèrent des composés toxiques, carcinogènes, cancérigènes ; – On fait le lien entre certaines maladies de civilisation (notamment les intolérances et allergies au lactose, à la caséine, au gluten…) et les procédés de fabrication modernes.

Elle est mauvaise d’un point de vue éthique – Elle génère de la souffrance animale mais aussi humaine quand les entreprises exploitent les travailleurs (voir Nestlé et le travail des enfants), et pas seulement à l’étranger ; – Elle génère des pertes énergétiques colossales et de la pollution sur tout le cycle production, conditionnement, acheminement, distribution, traitement des déchets.

Elle est mauvaise pour l’environnement – Elle dépend de la main-mise des lobbies semenciers sur les graines, de la destruction des petits agriculteurs, elle menace la biodiversité animale et végétale ; – Elle est la principale cause de déforestation et de pollution de l’eau, de l’air et des sols.

Evidemment ces différentes prises de consciences ne se sont pas faites en un jour, elles ont été progressives. C’est pourquoi les entreprises productrices ont eu tout le loisir d’adapter leurs produits au fur et à mesure des changements de consommation de la population. Ce qu’il faut savoir, c’est que chacune des critiques qui ont été formulées à l’encontre de l’industrie et que j’ai reprises ci-dessus peut trouver une réponse dans la myriade de produits que vous offre le marché. Et je ne fais pas là un réquisitoire contre les grandes surfaces, je parle du marché en général, de la multinationale au petit producteur à côté de chez vous !

Je reprends la liste précédente en bref et ensuite nous rentrerons dans les détails : – Vous êtes concerné par la quantité de produits chimiques dans votre alimentation. L’agriculture biologique vous offre une nourriture sans pesticides ni intrants chimiques… enfin elle voudrait bien ! – Vous avez pris conscience des mauvais traitements subis par les animaux avant d’arriver dans votre assiette : on vous propose du tofu, du soja, des steaks végétariens ou végétaliens, des oeufs fermiers, des poulets élevées en plein air, l’agriculture raisonnée. – Vous vous sentez solidaires des petits paysans exploités à l’étranger. Le commerce équitable vous assure une économie solidaire qui profite aux producteurs… soit dit en passant c’est peut-être l’exemple le plus typique de greenwashing puisqu’on a pu voir à quel point certaines grandes entreprises ont doublement profité de la communication positive (verdissage) ET des fonds destinés aux petits acteurs. – Vous vous découvrez des allergies alimentaires ou vous désirez les éviter à votre famille : profitez d’un large choix de pains et farines sans gluten, de gâteaux sans produits laitiers, lait de riz, de soja et d’amande… – Vous êtes solidaires des peuples d’Amazonie : vous préfèrerez les produits sans huile de palme ou, plus ironique mais ça montre bien qu’il y en a pour tous les goûts, l’huile de palme bio ! Ca déforeste, mais… ça déforeste plus gentiment.

Comme vous pouvez le constater, la loi de l’offre et de la demande opère sur les étals et de nouveaux produits émergent en même temps que les préoccupations des consommateurs, à tel point qu’il est de plus en plus dur de s’y retrouver… Voici quelques petites explications:

L’AGRICULTURE BIOLOGIQUE ET LE LABEL BIO

En ce qui concerne les produits trouvés dans le commerce, ils sont repérables grâce au logo « agriculture biologique » (AB) en France et en Europe. Est-ce pour autant la panacée ? Eh bien non car même si en principe l’agriculture biologique se veut libérée des produits chimiques de synthèse, OGM, et allégée en intrants divers, il n’a pas fallu attendre longtemps pour que les industriels exploitent cette demande en faisant pression pour alléger les prérequis. Ainsi, Mme Christine LAGARDE, ancienne avocate d’affaire pour le cabinet « Baker & McKenzie » qui comptait parmi ses clients la multinationale MONSANTO, a été nommée MINISTRE DE L’AGRICULTURE PENDANT UN MOIS EN 2007 (du 18 mai au 18 juin) pendant lequel elle a fait passé une loi autorisant 0,9% d’OGM dans les produits bio sans étiquetage. Bien ! Nous nous retrouvons donc avec du bio plus si bio puisqu’il peut contenir des organismes génétiquement modifiés… et ce n’est qu’un exemple.
La situation contraire est également envisageable : Le label BIO étant payant et requérant certaines conditions, nombre de petits producteurs locaux cultivant selon les vrais principes de l’agriculture biologique peuvent ne pas y avoir accès.

 

LE PARADOXE

Le problème avec ces labels est qu’ils sont obtenus sous certaines conditions et ne rendent pas compte de la globalité du produit. Exemple avec le pain : mettons que vous ayez une baguette de pain faite avec de la farine de blé.

Voici la même en version bio, une baguette de pain faite avec la farine de grains de blé issus de l’agriculture biologique. Le blé a été cultivé sans intrants chimiques. Il peut contenir une petite partie de grains génétiquement modifiés sans que cela soit précisé.

Vous trouverez également du pain garanti sans OGM, dans ce cas on assume (on espère!) que le taux d’OGM est de zéro pour cent. Mais comprenez bien que l’on peut mettre des pesticides et autres traitements chimiques sur un champ de blé non OGM ! Donc on peut avoir des OGM CULTIVES EN BIO ainsi que du PAS BIO SANS OGM. OMG ! Cela condamne donc l’individu orthorexique * (oui ils ont trouvé un nom de maladie pour qualifier les gens qui veulent s’alimenter sainement !) à prendre du « bio garanti sans OGM » pour manger correctement.

Revenons à nos baguettes. Si par nécessité ou conviction nous la voulons sans gluten, la farine de blé sera remplacée par de l’épeautre, de riz ou de sarrasin. Chose amusante, des chercheurs espagnols ont mis au point en 2013 une variété de blé sans gluten, mais pour se faire il l’a fallu… l’hybrider ! Je pensais que les variétés anciennes de blé (qui ont été les plus modifiées par l’industrie au XXe siècle) n’avaient pas de gluten mais après une recherche il s’avère que c’était le cas. Seulement ce gluten là était une protéine bien plus digeste que celle des variétés actuelles, ce qui explique en partie pourquoi nous devenons intolérants.

D’un autre côté, il faut savoir que des cultures comme l’épeautre contiennent également du gluten, mais c’est un gluten qui n’est pas allergène, et donc meilleur pour l’alimentation humaine. Attention je dis « meilleur » et non « adapté » car certains spécialistes pensent qu’aucune céréale ne convient vraiment à l’alimentation humaine. Je n’ai pas fait le tour de tous les arguments dans cette histoire, et je me contente juste de le signaler. Bref vous pouvez donc trouver un blé transgénique sans gluten, ce qui représente bien l’ironie des labels quand on veut simplement manger sain.

Et ça ce n’est que lorsqu’on parle de santé ! Car si nous revenons à la liste des critiques faites à l’alimentation industrielle par les consommateurs, et que l’on se concentre sur le côté non éthique, la seule solution apportée par la grande distribution est l’économie solidaire. Mais peut-on faire confiance aux entreprises qui sont elles-mêmes coincées dans le système capitaliste ? c’est vraiment un acte de foi et les scandales reprochées aux labels comme celui de Max Havelaar nous le rappellent : labelisation « fair trade » accordée alors que seulement une petite fraction du produit fini bénéficie aux producteurs, industrialisation de la production dans les pays source, mort des petits paysans. Vous pouvez acheter du des produits équitables plein d’huile de palme ! Ca ne fera du bien qu’à votre conscience.

Au niveau de la viande, la seule façon de s’assurer que l’abattage se fait dans des conditions plus humaines est de privilégier les petits producteurs proches de vous qui sont transparents sur leurs méthode d’élevage !

ALORS QUE FAIRE ?

Nous ne sommes pas là pour vous dire quoi faire, d’ailleurs tous ici nous dépendons de l’industrie et du commerce. Nous sommes les enfants maudits de la mondialisation et la moindre de nos activité est une charge nocive pour la planète. Nous sommes là pour trouver ensemble les clés qui nous permettront, petit à petit, d’alléger notre impact sur notre environnement et reprendre les rênes de nos vies. Dans l’idéal évidemment, on vise la production locale et naturelle portée par une économie solidaire, mais le chemin est long !

Comme vous avez pu le voir, la loi de l’offre et de la demande, ainsi que certaines actions d’industriels peu scrupuleux, ont créé une offre d’une complexité telle qu’il serait malvenu de donner des conseils sur quoi acheter. Nous pouvons juste informer et conscientiser nos contemporains sur la vraie nature de ce qu’ils achètent derrière le packaging tout vert.

On a ainsi vu que le bio peut contenir du gluten et des OGM, et que sans gluten ou sans OGM ne veut pas forcément dire bio. De même, vous pouvez trouver des producteurs bio qui ne seront pas labellisés et qui auront des produits qui seront surement meilleurs que ceux de la grande distribution. Privilégier les circuits courts permet en outre de d’améliorer grandement l’empreinte carbone de nos aliments ainsi que la rémunération des producteurs, tout en garantissant une alimentation fraiche et de saison !

 

* L’orthorexie, ou orthorexie nerveuse, est considérée comme un trouble des conduites alimentaires caractérisé par une fixation sur l’ingestion d’une nourriture saine. Elle s’apparenterait à l’anorexie mentale et à la boulimie. Le Dr Steve Bratman fut le premier à parler de l’orthorexie en 1997. (WIKIPEDIA)